Préparation au mix : 25 tâches à accomplir avant de mixer (1ère partie)

Réussir un mix dépend évidemment du goût et de l’oreille de l’ingénieur de mixage, mais comme souvent, c’est une bonne préparation qui permet à l’ingénieur d’exercer ses talents sur le mixage sans trop se soucier ou s’embarrasser de problèmes qui peuvent le ralentir dans son travail. Cette préparation est une tache à part entière qui revient à l’assistant mixeur dans les grosses productions.

Voici quelques actions que vous pouvez réaliser avant de commencer vos mix afin de vous faciliter la suite du mixage. Il s’agit d’une liste non-exhaustive de tâches plus technique qui, une fois accomplis, permettent à la créativité et à l’imagination de s’exprimer plus librement. Cette liste ne s’applique pas forcément à tout type de production mais illustre bien le rôle indispensable de l’assistant-mixeur en studio. Même si nous abordons ici seulement l’étape précédant le mixage, le travail de l’assistant-mixeur continue pendant et après le mixage.

Les points abordés peuvent vous aider à estimer le temps requis pour un projet et ainsi justifier vos tarifs lorsque vous négociez avec un client. Il s’agit aussi simplement d’un aide-mémoire qui vous permettra d’améliorer plus rapidement vos talents de mixeur. En voici la première partie :

1 – Arranger l’ordre des pistes

Vous avez sûrement un ordre préféré pour visualiser vos pistes. Si vous n’avez pas besoin de passer du temps à chercher des pistes vous serez plus efficace et votre processus créatif ne sera pas interrompu. L’ordre classique commence par la batterie (« kick », « snare », « hi-hat »…), puis la basse. Pour gagner du temps, utilisez le même ordre pour toutes vos sessions.

2 – Désactiver les pistes inutiles (« Hide and Make Inactive »)

2) Hide and Make Inactive
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Les sessions sur lesquelles je travaille contiennent parfois des pistes inutiles au mixage. Les pistes MIDI ou les pistes d’instruments virtuels ne devraient pas servir car au mixage, on travaille généralement avec des pistes audio et des bus. Vous trouverez peut-être des pistes avec un click ou des pistes « ghosts » qui ont servi de base aux « overdubs » . Vous ne devriez pas en avoir besoin non plus lors du mixage. Il y a parfois des pistes avec des versions alternatives ou des microphones différents (une prise avec microphone proche et une prise avec un microphone distant, une prise d’amplificateur et une prise « DI » par exemple). Il sera nécessaire de choisir les pistes à garder et les pistes inutiles à désactiver. Vous pouvez aussi effacer certaines pistes. Celles dont vous n’etes pas sur peuvent tout simplement être désactivées. Dans ProTools comme dans d’autres logiciels, les pistes inutiles drainent le microprocesseur. Un simple coup d’œil à la fenêtre « System Usage ») de ProTools vous montrera la différence, surtout si ces pistes ont des « plugins » en insertion.

3 – Renommer les pistes

Le nom de l’instrument ou du son doit apparaître comme nom de piste. L’ingénieur d’enregistrement à peut être nommé les pistes avec des modèles de microphones qui sont d’aucun intérêt au mixeur. Lors du montage (« comping ») entre différentes prises (« take » ou « playlist ») du même instrument, le nom de la piste à peut-être changé. Enlevez tous les chiffres et symboles (par exemple :  BasseA.03_2-2) qui encombrent la visibilité autant dans le logiciel que sur la surface de contrôle. Sur les surfaces de contrôle (la C-24 par exemple), l’affichage des noms de piste est souvent limité à quelques caractères sur un afficheur de type LED. La surface de contrôle va souvent privilégier l’affichage des majuscules et des chiffres par exemple.

4 – Colorer les pistes et les clips/régions

4) Colorer Les Pistes Et Les Régions Après
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Cela peut paraître anodin, mais des couleurs bien organisées ne fatiguent pas l’œil inutilement, surtout pendant de longues sessions. En utilisant le plus possible le même code de couleurs d’une session à l’autre, l’œil s’habitue et n’à plus besoin de lire le nom de la piste pour l’identifier. Les sons ou instruments similaires peuvent avoir les mêmes couleurs ou des variations de ces couleurs. Par exemple, les violons sont vert clair, les violoncelles sont vert foncé. En assignant les mêmes couleurs aux pistes qu’aux régions audio, on s’assure d’une certaine constance.

5 – Accorder la justesse des notes

Si ce que vous mixez provient d’un humain qui joue d’un instrument acoustique ou qui chante, il se peut que vous ayez besoin de ré accorder quelques pistes. Une ou plusieurs pistes légèrement désaccordés peuvent compromettre un mixage. Il est important que les personnes concernées sachent que pour que vous puissiez faire votre travail, les pistes doivent êtres justes et accordés. Attention, car si accorder quelques passages peut se faire rapidement, plusieurs pistes au complet qui ont besoin du soin de logiciels comme Melodyne et AutoTune peut prendre des heures. Rappelez-vous aussi que, peut importe le temps passé à mixer, si ça chante faux, votre mix sera perdu.

6 – S’occuper des transitions : « fade in », « fade out », « crossfade »

6) Crossfades
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Les pistes peuvent arriver de différents studios, de différentes sessions, de différents musiciens, et doivent être consciencieusement intégrés à la session de mixage en s’assurant qu’aucun « click » ne soit audible. Parfois les coupes (« edits ») du montage (« comping ») laissent à désirer et doivent êtres ajustés afin d’éviter des doubles attaques par exemple.

7 – Consolider les pistes

7) Consolider Après
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Idéalement lors du mixage d’un album le client vous a livré des fichiers audio propres et complets plutôt que le résultat de la session de montage (« editing ») avec des pistes qui comportent plein de segments différents. Après avoir faits le montage (si nécessaire) et les fondus (si nécessaire), vous pouvez consolider les pistes. Ceci rend les pistes plus faciles à manipuler (comme lors d’un « remix ») car au lieu d’avoir une dizaine (voir des centaines ou plus) de blocs d’audio sur une piste, il n’y en a plus qu’un seul qui comprend tous les blocs d’audio. Dans ProTools, vérifiez votre « Disc Allocation » avant de procéder. Avoir plein de petits segments audio qui proviennent de la session de montage peut taxer le microprocesseur de l’ordinateur d’avantage car il doit passer son temps à récupérer ces différents blocs qui sont répartis un peu partout sur le disque dur. Consolider tous ces segments allége la tache de l’ordinateur, surtout si la session est complexe. Par contre, lors du mixage d’un film les différents segments ne sont pas consolidés afin de permettre une traçabilité du processus (« workflow »); lorsque des retouches sont nécessaires, il est plus facile d’avoir accès à la session telle qu’elle était lors du montage.

8 – Créer les groupes

8) Groups
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Grouper des pistes facilite certaines étapes du mixage. Certains logiciels vous permettent d’assigner une lettre du clavier d’ordinateur à un groupe de pistes. Le groupe des guitares peut par exemple être activé avec la lettre G, le groupe des voix par la lettre V et ainsi de suite. Lorsque vous recevez la session il se peut que des groupes existent déjà (provenant des sessions d’enregistrement par exemple), dans ce cas effacez les groupes inutiles!

9 – Créer (et nommer) les bus

9) Rename Bus
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Vous allez sûrement avoir besoin de plusieurs bus. Créez les tous au début plutôt qu’au fur et à mesure de cette façon, vous n’avez pas besoin d’interrompre votre processus créatif pour quelque chose de technique. Certains bus peuvent recevoir des groupes d’instruments (par exemple un bus pour la batterie (« Drums »), un pour les chœurs (« Back vocals »), un pour les guitares ou les synthétiseurs. D’autres bus peuvent recevoir des effets : réverbération voix, réverbération instruments, délai voix, délai guitares etc. Si vous devez faire des versions instrumentales et des versions acapella, des bus vont recevoir d’autres bus. Par exemple le bus batterie, le bus guitares et le bus synthés sont dirigés vers un bus appelé « Instru », le bus « Back vocals » et le bus « Lead vocals » sont dirigés vers le bus appelé « Acapella ».

10 – Enlever les « inputs » inutiles

10) No Input
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Prenez cette occasion pour vérifier les entrées des autres pistes. À l’étape du mixage, vous ne devriez pas avoir besoin d’enregistrer quoi que ce soit. Dans certains logiciels, une piste dont l’entrée est assignée (à une entrée physique de la carte de son) taxe plus le microprocesseur qu’une piste réglée sans entrée (comme « No Input » dans ProTools). Les entrées et les sorties des pistes devraient êtres vérifiés afin de s’assurer qu’il n’y a aucune erreur, parfois des bus utilisées lors de l’enregistrement sont encore présents lors du mixage et peuvent rentrer en conflit avec des bus utilisées pour le mixage. 

11 – Mettre les pistes auxiliaires d’effets en « Solo Safe »

11) Solo Safe
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Au mixage, vous vous servez sûrement de pistes auxiliaires pour vos effets (réverbération et délai notamment) ainsi que des pistes de « bus » pour vos sous-groupes (« Drums », « Back vocals », « Synths » etc…). Si ce n’est déjà fait, mettez toutes ces pistes auxiliaires en mode « solo safe ». Lorsque vous activerez le mode « solo » sur une piste audio, vous n’aurez pas besoin d’activer aussi le mode « solo » sur le bus correspondant ni sur les pistes d’effets associée à la piste que vous venez de mettre en « solo ». Faites en autant pour vos bus de groupes vus à l’étape 9 plus haut.

12 – N’afficher que l’essentiel dans vos « clips »

12) View Clip Après
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Encore une fois pour faciliter la vue sans fatiguer l’œil, débarrassez-vous des indications dont vous ne vous servez pas. Les régions audio dans ProTools peuvent afficher toutes sortes d’informations qui masquent la représentation graphique de l’onde. Si chaque piste contient seulement un bloc d’audio ce n’est pas forcément problématique mais si la piste contient une multitude de segments qui affichent tous une série d’informations, le contenu graphique de la piste devient difficile à voir. Personnellement, j’affiche le moins d’information possible afin de bien voir la forme d’onde. Ceci me permet de bien voir où commence l’audio par rapport à la région, ou de m’assurer que la région ne coupe pas avant la fin (ou la relâche) naturelle du son. De plus, une bonne visibilité de l’audio permet de voir des bruits (respirations, « click » ou « tick ») que l’on n’entend pas forcément lorsqu’on écoute plusieurs pistes ensemble.

13 – N’afficher que l’essentiel dans votre fenêtre

N’encombrez pas non plus votre écran, vous aurez moins besoin de naviguer avec votre souris et moins de détails inutiles accrocheront votre œil. Je cache un maximum de règles (« Rulers »). Je n’ai pas non plus besoin de voir les régions audio (« Clips ») à droite. Mes points d’insertion apparaissent dans une autre fenêtre alors je ne les affiche pas non plus ici.

La suite de notre liste ici.

Questions, commentaires : k.blondy@musitechnic.net