Ce que j’ai appris de mes erreurs (partie 1)

Une session d’enregistrement peut rapidement devenir très compliquée simplement parce que l’artiste ne s’est pas préparé adéquatement en vue de la session ce qui peut se transformer en réel cauchemar pour l’ingénieur du son. Cependant, la session d’enregistrement peut aussi devenir compliquée à cause de vous, l’ingénieur du son, car vous n’avez pas fait votre part de planification préalablement. Cela peut arriver facilement puisqu’en tant qu’ingénieur du son indépendant les contrats peuvent varier énormément et en passant d’un client à l’autre c’est facile d’oublier certaines choses. Une session peut aussi devenir compliquée subitement parce que vous travaillez dans des conditions qui ne sont pas idéales (tel que des enregistrements en extérieur) ou parce que vous paniquez facilement et manquez ce qui devrait, dans d’autres circonstances, être évident. Le blog d’aujourd’hui, en deux parties, parle d’erreurs, surtout en situation d’enregistrement en extérieur. Certains des exemples cités sont des erreurs que j’ai moi-même commises et d’autres sont des choses qui sont arrivées à mes collègues. Gardez en tête que vous n’êtes pas obligés de faire les mêmes erreurs que nous, vous pouvez apprendre des erreurs des autres!

1) Testez tout

Lors d’une session d’enregistrement en extérieur avec un duo de musiciens, j’ai préparé mon équipement soigneusement et emprunté une carte de son qui offrait deux sorties pour les écouteurs afin d’envoyer une piste d’accompagnement à chacun des musiciens. Une fois sur place, je me suis rendu compte qu’il y avait un problème, une des sorties d’écouteurs de la carte de son ne fonctionnait pas. Avant de partir j’avais pourtant testé la carte son mais je n’avais pas testé les deux sorties. Une sortie d’écouteurs ne suffit pas quand on veut faire des « overdubs » (re-re en français) avec deux musiciens. Je n’avais pas d’autre option que d’enregistrer le duo jouer sur une piste d’accompagnement qu’un seul des musiciens pouvait entendre.

Une fois je travaillais dans un studio de diffusion pour une émission de radio. En m’assoyant à la console, je commence ma routine qui inclut des vérifications évidentes comme vérifier les signaux qui rentrent dans la console. Cela inclut les micros, les ordinateurs pour le « playback » audio, et aussi, puisqu’il va y avoir une entrevue téléphonique, je dois aussi tester le téléphone. Par exemple, en levant le « fader » qui est assigné au téléphone, je m’assure d’entendre la tonalité du téléphone dans la salle de contrôle. Cela n’a pas suffit puisque plus tard durant une conversation téléphonique test, nous pouvions entendre la personne au bout du fil mais elle ne pouvait pas entendre l’animateur. Je n’avais pas vérifié si les signaux qui sortaient du mixer allaient aux bonnes destinations. Dans ce cas-ci le signal venant des micros studio n’était pas dirigé vers le téléphone (par un envoi auxiliaire, une sortie « bus » ou un « mix-minus » par exemple).

 

2) La pile de la caméra meurt

Il est rare de nos jours d’avoir des sessions d’enregistrement sans une forme de capture vidéo. Les budgets étant ce qu’ils sont, au lieu d’embaucher un photographe/vidéographe en plus de l’ingénieur du son, certaines productions choisissent d’embaucher une seule personne capable de faire les deux. Par exemple, un pianiste classique pourrait vous embaucher pour enregistrer et filmer sa performance. Plusieurs de mes amis ingénieurs de son ont investi dans de l’équipement vidéo pour répondre à cette demande. Une fois, lors d’une session d’enregistrement en extérieur, on m’a aussi demandé de prendre des photos avec un appareil photo qui m’avait été fourni. Inquiet de manquer de piles pour mon équipement audio portatif, j’avais apporté plusieurs paquets de piles, cependant j’avais complètement oublié que l’appareil photo fonctionnait avec une pile rechargeable. Par chance, j’ai pu prendre quelques photos avant que les piles meurent.

 

3) Familiarise-toi avec ton équipement

De la même manière qu’il faut maitriser un logiciel, il faut aussi bien connaitre le fonctionnement de notre équipement. Une fois, j’utilisais un mixer numérique Yamaha avec des microphones à condenseur et j’ai été incapable d’activer l’alimentation fantôme. Chaque canal avait une case identifié ‘48V’, que j’avais activé mais je n’avais pas réalisé qu’il y avait un bouton « phantom power » maitre qu’il fallait activer sur un autre page de l’interface.

Il est possible et relativement facile de faire des « cross patch » sur une console numérique mais ça peut facilement être déroutant. Par exemple, une fois je mixais un groupe en « live » pour une diffusion à la radio et un micro était branché dans la console dans l’entrée 1, qui était logiquement contrôlée par le « fader » 1. Cependant suite à un « cross patch » qui avait été fait pour une autre émission, ce microphone apparaissait aussi sur le « fader » 6. Quand je voulais augmenter le niveau de l’entrée 6, je ne comprenais pas pourquoi le microphone à l’entrée 1 augmentait à sa place. J’ai eu très chaud avant de comprendre ce qu’il se passait. À moins qu’un « cross patch » ait été fait exprès, assurez-vous que le « fader » 1 contrôle l’entrée 1, que le « fader » 2 contrôle l’entrée 2, et ainsi de suite…

 

4) Apporte un tapis de souris

Pour ma première fois en enregistrement à l’extérieur de Montréal, j’ai pris mon ordinateur portatif avec moi et puisque l’édition avec le « trackpad » n’est pas tellement agréable, j’ai pensé apporter une souris avec moi. Par contre l’hôtel où j’étais n’avait que des surfaces protégées par du verre ou alors des surfaces vernies et la souris ne fonctionnait pas sur elles. En fin de compte, j’ai dû faire toute l’édition avec le « trackpad »…

 

5) Apporte un « hub » USB avec toi

C’est toujours une bonne idée d’apporter avec soi un « hub » USB (avec alimentation ou pas, c’est une autre question) quand on enregistre en extérieur. Si vous utilisez un ordinateur Apple vous disposez normalement que de deux ports USB. Branchez un iLok, une carte de son et vous arrivez déjà à bout de vos entrées USB. Plus de place pour un disque dur externe ou quoi que ce soit d’autre. Sans même prendre en compte que certaines clés USB sont tellement larges qu’il serait impossible de brancher un iLok dans le port USB voisin.

Il n’y a pas de limites aux choses cocasses qui peuvent arriver lors d’une session d’enregistrement. Une chose est certaine : plus vous faites d’erreurs, plus vous vous sentirez ridicule, plus vous avez de chances de ne pas reproduire les erreurs. Il est important de toujours vérifier les bases : est-ce que votre appareil est allumé? Est-ce que votre plugin est désactivé? Surtout, si vous travaillez dans des circonstances stressantes. Apprendre à bien performer dans des conditions difficiles, voilà ce qui vous fera devenir un professionnel. Je partagerai d’autres erreurs dans le prochain article aussi.

 

Questions et commentaire : k.blondy@musitechnic.net

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